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Politique - 4 semaines ago

Au Cameroun, l’opposant Maurice Kamto et ses proches devant la justice militaire

Arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle, l’ancien ministre est notamment poursuivi pour « insurrection » et « hostilité contre la patrie ». En procès à partir de ce vendredi, il risque la peine de mort.

Par Cyril Bensimon Publié le 05 septembre 2019 à 19h00 – Mis à jour le 06 septembre 2019 à 14h28

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Maurice Kamto, alors candidat à l’élection présidentielle, au lendemain du scrutin, à Yaoundé, le 8 octobre 2018.
Maurice Kamto, alors candidat à l’élection présidentielle, au lendemain du scrutin, à Yaoundé, le 8 octobre 2018. Zohra Bensemra / REUTERS

De quoi devront réellement répondre Maurice Kamto, et une centaine de coaccusés, qui doivent être jugés à partir de ce vendredi 6 septembre devant un tribunal militaire de Yaoundé ? De l’organisation de marches interdites au Cameroun et du saccage des ambassades à Paris et Berlin, comme le stipule l’ordonnance de renvoi ? Ou, plus prosaïquement, du refus d’admettre le maintien au pouvoir de Paul Biya après le scrutin d’octobre 2018, comme l’analysent nombre d’observateurs ?

En apparence, Maurice Kamto, 65 ans – arrivé deuxième avec officiellement 14,23 % des suffrages – n’a rien d’un opposant radical ni d’un boutefeu susceptible d’enflammer les foules. Son crime le plus grave paraît être d’avoir qualifié – avec son parti, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) – la réélection de l’inamovible M. Biya de « hold-up électoral » et de l’avoir contestée dans les rues. Lire aussi Présidentielle au Cameroun : et à la fin, c’est encore Biya qui gagne

Il avait été arrêté le 28 janvier à Douala, la capitale économique, ainsi que plus de 150 de ses militants et alliés, parmi lesquels l’avocate Michelle Ndoki, l’ancien conseiller à la présidence Christian Penda Ekoka et le rappeur Valsero. Deux jours plus tôt, le MRC avait organisé une marche interdite par les autorités ; et des membres de la diaspora, regroupés au sein d’un mouvement hostile au pouvoir, avaient envahi et dégradé les ambassades en France et en Allemagne.

Pressions diplomatiques

Transférés à Yaoundé, où ils ont été placés en détention depuis, Maurice Kamto et les siens sont notamment accusés d’« insurrection », d’« hostilité contre la patrie », de « rébellion » et d’« outrage au président de la République ». Ils encourent la peine de mort, même si cette sentence n’est plus appliquée au Cameroun. « C’est un procès banal, un non-événement. Des bandits seront jugés devant la justice militaire, car les délits commis relèvent de sa compétence », minimise une source haut placée à la présidence, agacée par les dénonciations de justice instrumentalisée à des fins politiques et par la mobilisation internationale qui s’organise en faveur de ces opposants.

« Nous faisons pression fortement sur le président Biya pour qu’il puisse agir et élargir ces prisonniers », a déclaré mardi le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

En mars, à quelques jours de rencontrer le président Biya, le sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires africaines, Tibor Nagy, a estimé : « Que ce soit vrai ou faux, [M. Kamto] est perçu comme ayant été incarcéré pour ses activités politiques. » La diplomatie européenne avait considéré en écho que « l’arrestation et la détention prolongée de plusieurs dirigeants d’un parti de l’opposition, dont son leader Maurice Kamto, et d’un nombre important de manifestants et de sympathisants, ainsi que l’ouverture de procédures disproportionnées à leur encontre devant la justice militaire, accroissent le malaise politique au Cameroun ». Lire aussi Cameroun : « Droit, justice et dignité pour Maurice Kamto »

« Les dénonciations, les accusations, on s’en fout ! Nous ne sommes pas une colonie et nous sommes très étonnés par la déclaration de M. Le Drian, qui n’a ni écrit, ni appelé le président Biya ou le ministre des affaires étrangères pour parler de Kamto », fulmine le responsable déjà cité.

Cette réplique cinglante s’explique en partie, selon undiplomate, par la réaffirmation récente du soutien de la Chine à la politique menée par Yaoundé, notamment dans les deux régions anglophones, en proie à un conflit entre l’armée camerounaise et des groupes séparatistes.

« Une aile d’ultra-durs a pris le dessus au palais présidentiel, poursuit cette source. On peut s’attendre à un procès sommaire suivi d’une condamnation à la prison à vie, comme ce fut le cas dans le procès de Julius Ayuk Tabe [le leader séparatiste anglophone et neuf de ses proches ont été condamnés le 20 août à la prison à perpétuité], où la justice militaire s’est prononcée en moins de vingt-quatre heures et a rendu sa décision à 5 h 38 du matin, pour qu’aucun observateur international ne soit présent. »

« Tontinards » contre « sardinards »

Dans l’espoir d’éviter un procès à huis clos, M. Kamto et ses coaccusés ont conditionné leur présence à la barre à l’ouverture des audiences au public et à la presse. « Si la logique juridique l’emporte, toutes les accusations fallacieuses seront dégommées. Mais comme ce procès est par nature politique, les voleurs d’élection vont essayer de mettre à l’écart un rival encombrant. Nous allons bien sûr riposter politiquement pour prouver l’instrumentalisation de cette procédure », prévient Olivier Bibou Nissack, le porte-parole du MRC. Les avocats de l’opposant ont demandé à entendre deux ministres et plusieurs responsables policiers et militaires. Lire aussi Au Cameroun, la colère des partisans de Maurice Kamto, le premier opposant du pays arrêté

Si depuis plusieurs années la justice camerounaise est devenue un outil de régulation politique, permettant de couper au moment choisi les ailes de ceux qui affirment un peu trop fort leurs ambitions, plusieurs observateurs s’inquiètent désormais de la teneur des discours où priment les considérations communautaires. « La nature de Maurice Kamto est ethnofasciste. Il se proclame démocrate, mais sa volonté est de renverser l’ordre établi pour en instaurer un nouveau, basé sur la domination d’une ethnie », accuse la source du Monde à la présidence.

Depuis l’élection d’octobre, le dictionnaire de la politique camerounaise s’est ainsi enrichi de nouvelles insultes. Désormais, les « tontinards », en référence au système d’épargne collective très développé dans la communauté bamiléké – celle de Maurice Kamto –, font face aux « sardinards », ceux dont l’engagement politique se monnaye contre une boîte de sardines – ce qui, par extension, désigne les partisans du chef de l’Etat et sa communauté. Entre les deux groupes, la fracture est désormais ouverte et tout porte à croire qu’une condamnation de l’état-major du MRC ne fera que l’aggraver. Le conflit au Cameroun anglophone : une série en cinq épisodes

Au Cameroun, depuis bientôt deux ans, une guerre a éclaté loin des regards extérieurs. Tenues à l’écart des médias, les deux régions anglophones du Nord-Ouest et Sud-Ouest ont basculé dans un conflit d’où n’émergent sur les réseaux sociaux que quelques rares et horribles images d’exactions. Entre les groupes armés qui combattent pour l’indépendance de ces deux régions et les forces armées camerounaises, les civils paient le prix fort. D’après les Nations unies, 4 millions de personnes sont affectées par le conflit. Plus d’un demi-million de personnes ont été déplacées, près de 2 000 tuées. Les enlèvements sont devenus un commerce en pleine expansion alors que l’économie de la région s’effondre. Notre reporter Josiane Kouagheu est allée donner la parole aux acteurs et aux victimes de ce drame. Episode 1 Le calvaire des déplacés des régions anglophones Episode 2 L’appel de paix du cardinal Christian Tumi Episode 3 Les régions anglophones au bord de la faillite Episode 4 Rapts et rançons : le business des séparatistes armés Episode 5 La région de l’Ouest sur le qui-vive

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